Les PME et ETI vont toujours trop tard en Bourse

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  • Dernière modification de la publication :10 juin 2024

 

Directeur Général d’une plateforme boursière dédiée aux PME pendant quelques années (Alternativa), familier du monde des PME/ETI et des projets d’entrepreneurs (dont les start-ups) au travers de missions de management de transition, ayant collaboré avec Louis Thannberger (IPO #n°1) pendant deux ans pour conduire des entrepreneurs vers une introduction en Bourse, voici quelques réflexions personnelles sur l’opportunité pour les entrepreneurs d’utiliser cette voie pour se financer.

 

Les intérêts et les avantages de la Bourse

 

Les entrepreneurs français pensent trop tard à la Bourse.

En cotant son entreprise en Bourse, l’entrepreneur se dote de l’outil qui lui permet de lever des fonds lui-même. Il peut utiliser cet outil de façon récurrente, selon le calendrier et les modalités qu’il choisit, par augmentations de capital successives, par exemple.

Il n’y a pas de comité de crédit (celui des banques) ou de comité d’investissement (celui des fonds).

L’entrepreneur entre dans une relation directe avec ses actionnaires, et peut organiser et faire vivre un réseau social avec eux, à un faible coût, et sans qu’il doive y consacrer un temps considérable. Il a donc le moyen d’informer et de convaincre les actionnaires qui le financent.

Le cours de bourse détermine un vrai prix de l’action de la PME, et valorise ainsi le patrimoine personnel de l’entrepreneur.

Il acquiert la possibilité de réaliser une part de son capital, ce qui n’est pas un moindre avantage lorsque l’on œuvre 24/7 au développement d’un projet.

L’entrepreneur est maître de son destin.

La Bourse est le choix stratégique du mouvement. Les PME et ETI qui choisissent cette stratégie progressent plus vite que celles qui ne sont pas cotées, et sont souvent plus performantes.

Une action cotée accroit la notoriété de la PME et permet de procéder à des opérations de croissance externe payées avec des titres.

L’entrepreneur développe une histoire d’entreprise grâce aux contacts avec ses actionnaires ; il apprend à leur expliquer où il veut emmener son entreprise, il leur parle de futur. Plutôt que de regarder vers le passé, d’expliquer des résultats historiques ou des ratios de bilan, il se projette. C’est probablement une des raisons qui explique l’accélération de la vitesse de développement des PME cotées.

Les levées de fonds basées sur l’évaluation des perspectives de l’entreprise à 3/5 ans, sont sans commune mesure avec quelque crédit que ce soit, qui lui, est basé sur le bilan.

La Bourse tire une PME et son entrepreneur vers le haut.

En n’y ayant pas recours, ou trop tard, les entrepreneurs français se privent de ses effets bénéfiques, qu’aucun autre mode de financement n’offre.

 

Comment expliquer le faible attrait des entrepreneurs et PME en France pour l’introduction en Bourse ?

 

Les raisons sont variées, on peut citer pêle-mêle, sans les détailler ici :

– La méconnaissance des entrepreneurs de ce que peut offrir la Bourse en termes d’accélération du développement et d’accès aux capitaux ;

– Le manque d’intérêt d’Euronext pour les PME et donc l’absence d’incitations de la part d’Euronext à investir dans ces dernières. La rémunération de Euronext consiste en un pourcentage sur les transactions, et le capital d’une PME tourne peu. Pourquoi faire des faveurs à des titres de PME qui ne vont pas donner lieu à suffisamment de transactions ? Il en résulte des coûts élevés (un listing sponsor demandera environ 150.000 euros à une PME pour réunir le dossier d’introduction) car Euronext n’instruit pas elle-même les dossiers, ainsi que des exigences formelles élevées ;

– Un maillage de conseils (experts-comptables, avocats, leveurs de fonds), parmi lesquels il n’est pas toujours aisé pour un entrepreneur d’identifier les professionnels pouvant l’accompagner efficacement. Les conseils habituels ont souvent peur de perdre leur client du fait de l’introduction, et constituent un frein ;

– Le Code de Commerce, qui annule une augmentation de capital lorsque 75% de celle-ci n’est pas souscrite. Euronext exige donc que les introductions en bourse par augmentation de capital soient souscrites avant la cotation. La Bourse sert à lever de l’argent, mais il faut le lever avant !

– Une fiscalité française défavorable, avec de faibles incitations à l’investissement dans les actions des PME (les PME éligibles au PEA-PME sont souvent beaucoup plus grosses que des PME, le montant de la déductibilité des investissements pour les particuliers est très faible) ;

– Les longs délais d’introduction sur les marchés Access ou Growth d’Euronext, plus de 6 mois ;

– Une apparente complexité aux yeux des entrepreneurs ;

– Et l’attrait de gros chèques que peuvent d’emblée proposer des fonds de capital-investissement, alors que l’entrepreneur ne comprend pas toujours le mécanisme juridique dans lequel il s’engage avec les fonds.

 

Des solutions sont cependant à portée de main

 

Une solution consiste en l’admission directe sur les marchés dédiés aux PME d’Euronext (Access, Growth), qui se fait sans augmentation de capital, en apportant un certain nombre de titres à la négociation ; c’est une solution simple et rapide pour coter une action de PME. Par la suite, la PME va pouvoir réaliser les opérations de marché qu’elle souhaitera.

Une autre solution est de coter la PME sur une place étrangère ne faisant pas partie d’Euronext.

J’ai récemment accompagné un projet de cotation et de levée de fonds d’une PME sur la Bourse de Vienne en Autriche. Cette bourse accueille les PME étrangères dans le cadre d’une procédure simple et rapide. Les dossiers de PME sont instruits directement, il n’est pas nécessaire de passer par un intermédiaire. Le droit français continue de s’appliquer à la PME qui voudrait s’y coter, les investisseurs français pouvant bien sûr passer des ordres depuis la France.

La place de Vienne permet un transfert automatique vers la Bourse de Munich, ouvrant accès à un marché de capitaux importants. La communication se fait en anglais.

Le marché européen qui a été le plus favorable aux PME depuis près de trente ans est AIM (Alternative Investment Market) de la Bourse de Londres. Avant le Brexit, ce marché de PME a atteint une capitalisation proche de la capitalisation totale de la Bourse de Paris.

780 PME y sont cotées, dont 107 PME étrangères, et la capitalisation est de 92 milliards d’Euros.

La Bourse de Paris ne publie pas de statistiques de capitalisation. Le nombre d’introductions de PME est beaucoup plus réduit, sans comparaison.

Maitrise de son destin, accélération du développement, valorisation de son capital personnel, sont les avantages que procure une cotation en Bourse.

Un entrepreneur de PME ou d’ETI doit envisager sérieusement cette voie vertueuse, même lorsque la PME qu’il dirige est encore petite, ou bien même au stade de start-up.